Récit

La quête d’un logement : oui, mais pas tout.e seul.e !

Dorette va inaugurer le projet ‘Auton’Home’ie’ du Collectif des femmes de Louvain-la-Neuve. L’asbl va signer le contrat de location de son logement à sa place - le temps que son propriétaire soit rassuré - avant qu’il ne soit repris par l’occupante. Ce projet original, dit du ‘bail glissant’, bénéficie d’un soutien de la Fondation Roi Baudouin dans le cadre de ses actions destinées à faciliter l’accès des personnes vulnérables à un logement décent.

"Quand je suis arrivée en Belgique, après les horreurs que j’avais connues au Cameroun pendant des années, pour moi, c’était le paradis". Au bout d’un long périple qui l’a fait passer par l’Algérie et la Lybie, dans sa fuite hasardeuse pour s’éloigner d’un mari violent, Dorette a enfin posé ses bagages en Belgique, voici quatre ans. Elle a attendu l’issue de sa demande d’asile dans le centre Fedasil de Lustin, avec sa petite fille de trois ans et demi. "Je me sentais en sécurité, respectée, écoutée : je n’avais jamais connu ça !", s’extasie-t-elle encore. Depuis lors, les nuages qui obscurcissaient encore l’horizon se sont dissipés : son fils cadet a pu la rejoindre ; à trois, ils forment désormais une vraie famille. L’aîné a entrepris des études en Roumanie, mais il les rejoindra aussi dès que possible.

Une nouvelle galère

Il n’empêche : après l’immense soulagement que représente l’obtention de son statut de réfugiée, l’angoisse réapparaît. "Pour quitter le centre Fedasil, il faut trouver un logement ailleurs. Et là, j’ai commencé à comprendre les réalités de ce pays. Qu’il y avait aussi des côtés moins souriants." La quête d’un logement décent, quand on est dans sa situation, s’apparente à une mission impossible : "Les gens ont peur. Peur des personnes de couleur. Peur des personnes qui sont au CPAS. Peur des réfugiés. Peur des femmes seules avec enfants. Alors, quand on cumule tout ça, vous imaginez…" Pourtant, Dorette n’est pas femme à renoncer facilement : elle s’entête, remue ciel et terre. L’équipe de Fedasil la met en contact avec le Collectif des femmes de Louvain-la-Neuve. L’asbl l’entoure, la soutient, l’encourage, cherche avec elle. "Finalement, j’ai trouvé une petite maison, jolie, propre, en bon état. La propriétaire m’a demandé si elle me plaisait : vous vous rendez compte ?! Elle était soucieuse que sa maison me plaise, à moi ! C’était miraculeux." Soulagée, Dorette entreprend des études d’aide-soignante, et la voici à présent employée à mi-temps dans une maison de repos du Brabant wallon.

Et si le bail devenait ‘glissant’ ?

Dorette doit néanmoins reprendre son bâton de pèlerin : le logement est trop exigu pour accueillir une famille de bientôt quatre personnes. Elle se tourne donc naturellement vers le Collectif des femmes. Au sein duquel une idée magnifique a germé : et si l’asbl signait elle-même le bail ? Si elle endossait toutes les responsabilités à l’égard du bailleur ? Si elle sous-louait le logement à Dorette, le temps que le propriétaire soit rassuré, et qu’ensuite la véritable occupante des lieux puisse reprendre le bail à son nom ? Cette technique, dite du ‘bail glissant’ (puisqu’il ‘glisse’, au bout de six mois ou d’un an, du Collectif des femmes vers l’occupant.e), est de nature à rassurer les propriétaires (privés ou institutionnels, tels les Agences Immobilières Sociales), et à augmenter considérablement les chances des personnes fragilisées, pour qui se loger relève de la gageure.

Cette bonne idée a été repérée par la Fondation Roi Baudouin qui, à travers son appel à projets Auton’Home, vise à favoriser l’accès à un logement aux personnes les plus vulnérables de notre société, parmi lesquelles les réfugié.es et migrant.es. L’accès à un logement décent ne participe-t-il pas, de façon importante, à l’inclusion de ces personnes dans la société d’accueil ? L’idée du Collectif des femmes porte désormais le nom très éloquent de ‘Tremplin pour l’auton’Home’ie’. Dorette en sera la première bénéficiaire, mais évidemment pas la seule : "Si nous pouvions faire se rencontrer une bonne dizaine de propriétaires et autant de familles, femmes seules avec enfants, jeunes adultes tout juste majeurs et autres personnes fragilisées, ce serait fantastique", s’enthousiasme Amancay Egas Torres, l’une des chevilles ouvrières du Collectif des femmes. "Pour les propriétaires, c’est l’occasion d’ouvrir leurs horizons, de briser les stéréotypes, de faire de belles rencontres humaines. Pour les locataires, c’est une promesse de sécurité, d’inclusion, l’occasion de tisser des liens. C’est du gagnant-gagnant pour tout le monde."

L’autonomie au bout du chemin

Mais l’asbl est très consciente du fait que le logement n’est qu’une composante de ce dont ont besoin les personnes vulnérables : "Le logement ne suffit pas : ces personnes ont aussi besoin de liens sociaux, d’accompagnement juridique, d’accès à la culture, de possibilités de formation, d’orientation professionnelle, d’accès au permis de conduire, etc.", souligne Amancay. "Au Collectif des femmes, nous les accompagnons dans tous ces volets de leur vie. Et, toujours, avec un objectif : leur permettre de récupérer leur dignité parfois abîmée, leur confiance en soi ébranlée et, au bout du compte, leur autonomie citoyenne."

La photo ci-dessus a été prise avant la crise du COVID-19. "La technique du ‘bail glissant’ rassure les propriétaires et augmente les chances des personnes fragilisées de trouver un logement."
Amancay Egas Torres
Collectif des femmes

N’allez donc pas croire que c’est le Collectif des femmes qui déniche les logements pendant que les candidats locataires se retranchent dans l’espoir de l’attente. Pas du tout : ceux-ci arpentent les rues, calepin à la main pour noter les adresses, téléphone prêt à photographier les affiches. Ce n’est qu’ensuite que l’asbl prend le relai, joue au médiateur, rassure les propriétaires que l’inconnu et la différence effraient. "J’ai retrouvé ma sérénité", sourit Dorette. "La vie a mis sur ma route des personnes magnifiques et bienveillantes. J’ai désormais confiance : mes enfants et moi, nous ne serons plus confrontés ni au rejet, ni à la peur."

À propos de l’appel à projets ‘Auton’HOME’

Dans le prolongement du plan d’action qu’elle a mis en œuvre de 2015 à 2019 sur l’accueil et l’intégration des réfugié.es et parallèlement aux activités qu’elle mène pour faciliter l’accès au logement des personnes les plus vulnérables, la Fondation Roi Baudouin a lancé l’appel ‘Auton’HOME’. Au total, 21 projets ont bénéficié d’un soutien : 8 projets en Fédération Wallonie-Bruxelles pour un montant de 300.000 euros (dont le projet ‘Tremplin pour l’auton’Home’ie’ du Collectif des femmes de Louvain-la-Neuve) et 18 projets en Flandre pour montant de 298.200 euros.

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